Catastrophe écologique en Chine

Publié le par Laurent Bague

Un grave accident chimique s'est produit dans le Nord de la Chine, provoquant un immense nuage de benzène hautement toxique se déplacant vers de grandes villes. Comme toujours les autorités sont restés très discrètes sur cet accident, on ne peut pas s'empecher de penser à l'accident de Bhopal en Inde il y a près de 20 ans.

HARBIN, Chine (AP) - Une nappe de benzène hautement toxique s'écoulait jeudi dans la ville chinoise de Harbin dans le nord-est du pays, où les autorités ont commencé à creuser une centaine de puits pour approvisionner les habitants, privée d'eau potable après la fermeture du réseau d'adduction municipal.

L'immense nappe de pollution, longue de 80km sur le fleuve Songhua, est entrée vers trois heures du matin dans cette cité de 3,8 millions d'habitants, qu'elle devrait mettre une quarantaine d'heures à traverser. Les médias officiels ont prévenu la population que les toxines contenues dans l'eau polluée étaient hautement cancérigènes.

"Après son passage, nous devrons faire des efforts pour désinfecter l'eau", a déclaré Shi Zhongxin, directeur du service municipal des eaux, sans autre précisions.

En Russie voisine, l'inquiétude grandissait parmi la population de la ville-frontière de Khabarovsk, située environ 700km en aval sur le fleuve, appelé Soungari en russe, un affluent du fleuve Amour.

Mardi, la capitale de l'ancienne Mandchourie avait décidé de fermer son système d'alimentation d'eau après qu'une pollution due au benzène -consécutive à une explosion dans une usine chimique dans la ville voisine de Jilin- eut été signalée dans le fleuve qui approvisionne Harbin en eau potable.

L'annonce de cette fermeture a déclenché la panique dans la population, les habitants se précipitant pour remplir baignoires, éviers et récipients, et stockant bouteilles d'eau et autres boissons. Les responsables municipaux ont imposé un blocage des prix pour éviter les abus.

Le 13 novembre, l'explosion dans l'usine de Jilin (200km au sud-est de Harbin) avait fait cinq morts, entraîné l'évacuation de 10.000 personnes et provoqué la fuite dans la rivière de quantités importantes de benzène. L'usine est gérée par la China National Petroleum, principale compagnie pétrolière du pays, désormais montrée du doigt par les autorités régionales.

Jeudi, à Harbin, on a commencé à creuser une centaine de puits afin d'extraire 80 millions de litres d'eau par jour, selon Zhang Dingbang, secrétaire adjoint du gouvernement municipal, cité par l'agence officielle Chine nouvelle.

Aussi muet qu'à son habitude en matière de catastrophes, le gouvernement central aura mis plus de dix jours à confirmer, mercredi, que cette coupure d'eau à l'échelle d'une ville était la conséquence d'un "incident majeur de pollution de l'eau". Les autorités locales l'avaient elles révélé auparavant mais Pékin se gardait de tout commentaire.

Des quantités massives de benzène peuvent entraîner des leucémies, selon Zhang Lanying, directeur de l'Institut sur l'environnement et les ressources naturelles de l'Université de Jilin. A court terme, l'exposition au benzène peut déclencher des vertiges, des malaises et évanouissements.

Si les autorités de la protection de l'Environnement affirment que les responsabilités devront être clairement établies, elles ne fournissent en revanche aucune précision sur la gestion de ce qui est désormais reconnu comme une catastrophe.

Cherchant à rassurer la partie russe, inquiète du manque de transparence des Chinois, le porte-parole de la diplomatie Liu Jianchao a expliqué jeudi que l'ambassade de Russie avait été informée à deux reprises. "La Chine attache une grande importance à l'impact potentiel et aux dommages causés par la pollution chez notre voisin", a-t-il déclaré.

Selon Zhang Lanying, la nappe toxique mettra encore 14 jours à atteindre la Russie, et il n'y a donc pas déficit d'information côté chinois. Mais ce n'est pas l'avis d'un responsable russe à Khabarovsk: "Malheureusement, les Chinois n'ont pour l'instant pas publié toutes les informations sur les produits chimiques dans le Soungari, ni leur quantité", a déploré Ivan Sytch, responsable régional du Département de la défense civile et des situations d'urgence.

D'une manière plus générale, la catastrophe vient mettre en lumière la précarité des ressources en eau de la Chine. Et ce alors que le pays tente de répondre à la demande tant de sa population, forte de 1,3 milliards de personnes, que d'une industrie en plein boom, qui pollue sans retenue air et cours d'eau.

La Chine est l'un des pays où la quantité d'eau par personne est la plus faible au monde. Des centaines de villes connaissent des pénuries régulières, tant pour ce qui est de l'eau potable que de l'eau utilisée à des fins industrielles. Dans les zones rurales, des manifestations fréquentes dénoncent l'épuisement des ressources en eau et la pollution des rivières, avec ses conséquences sur l'agriculture. AP


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